« L’arbre est dans la feuille, la feuille dans la branche et la branche dans le ciel… » |
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Tout est en attente ! Tout se tourne, se tortille, se casse s’écrase, s’ouvre, se clôt. Le jardin est silencieux mais le silence n’existe pas ici où le soleil brûle le ciel qui amène le bleu électrique de minuit, éclairant un portail pour les étoiles. Tout est calme, en apparence du moins car le jardin recèle une émotion permanente. Rien ne change et tout change, tout bouge et tout est immobile- l’arbre est dans la feuille, la feuille dans la branche et la branche dans le ciel – dans l’éclosion et la clôture de toutes choses, de la petite parcelle de l’utopie posée ici.
Susan Condé « Pensées sur les peintures d’Agosti »
A première vue, ce que l’on perçoit des oeuvres d’Agosti, c’est une part de nature éblouissante. Un jardin luxuriant, des arbres aux longues branches échevelées, des taillis, des fleurs, des feuilles mouvantes jonchant des parterres ou, parfois, un miroir d’eau… Des parts de nature qui se répètent, à quelques détails près semble-t-il, dans ses polyptyques de grand format .A cause du vent, de la lumière changeante peut être … Le regard hésite, déconcerté. Car apparaissent, dans la trame de cet extrait de nature, des fragments inattendus, des « pièces » comme zoomées sur un gros plan, des «enclaves géométriques insérées dans son motif, tel un contrepoint qui fracture parfois l’ensemble, sans rompre l’harmonie qui l’habite. Ces encadrés, aux allures arbitraires, développent le thème et nous ne les confondrons pas avec le détail. », décrit Denis Fernàndez Recatalà. Ce traitement pictural, avec ses variations scalaires, a aussi quelque chose de musical, comme le souligne Michael Gibson . « Cette orchestration singulière de la saveur des yeux se fait avec une extrême délicatesse. Il ne s’agit plus d’imiter la nature mais de jouer selon les règles qu’elle suggère, et de les contourner au besoin pour ajouter à sa généreuse profusion un reflet de cette précieuse substance que l’humain secrète comme l’abeille le miel : le sens dont seuls les hommes se nourrissent. L’œuvre de ce fait, dans son rapport à la nature, est déjà une transposition, comme l’est un chant d’oiseau repris par la flûte du soufi». Transposition. Oui, ces jardins enchantés sont des jardins métaphoriques. « Le « jardin » est le lieu de représentation du Cosmos, je l’utilise comme métaphore de ma peinture. Il n’y a pas de différence entre le travail de la peinture, le travail de l’architecture et celui de paysagiste. Tout est lié par la même pensée esthétique et une semblable unité dans ma vision du monde. En fait, l’enjeu principal est ailleurs : il est dans la dialectique entre cette unité et la complexité du cosmos. Le thème récurrent est cette approche de la « complexité » même, dans la figure d’un « parc » en perpétuelles tensions et métamorphoses. »
Comme Agosti le fait de ses fragments d’espace intriqués, il use de la même manière du temps qu’il fractionne et recompose pour nourrir son œuvre. Le temps présent, le temps passé avec ses références aux cultures antiques et éternelles, la mythologie, l’alchimie, le temps lié à la pensée philosophique , à l’expérience de sa vie… « Les références aux figures mythologiques d’Apollon, d’Orphée et autres correspondent aux archétypes (Loi, ordre et lumière, ou bien beauté, sacrifice, ténèbres, désordre…) de notre univers symbolique et historique. Chaque œuvre, dans sa localité, a une histoire en relation avec des événements, des expériences poétiques ou psychologiques de ma propre vie » déclare-t-il. C’est autour de la symbolique de l’arbre que Jean-Paul Agosti définit son processus créatif, qui, telle une arborescence, est « en perpétuelle expansion » . « Avec une démarche propre de paysagiste, Agosti prend les éléments de la nature et les transforme, les organise les uns par rapport aux autres selon un système bâti sur la pensée fractale, qui consiste à considérer toujours deux choses à la fois : la globalité du travail et un détail du travail. Chaque détail, chaque fragment, trouve sa place dans un ensemble plastique où tous les fragments sont reliés entre eux. Et ce qui est vrai pour chaque détail d’une œuvre l’est également pour chaque œuvre par rapport à l’ensemble du travail de l’artiste. Il y a toujours trois phases dans l’approche de la nature par Agosti, qui développent un système évoluant, pour chacune d’elles, vers davantage de complexité. La première, l’aquarelle, propose une grille de représentation du paysage relativement simplifiée : puis vient le dessin, qui poursuit le développement du système et dont est finalement extraite l’œuvre peinte. Cette peinture, qu’elle soit plus ou moins abstraite, qu’elle soit isomorphie ou cosmologie, est toujours, de par sa genèse même, reliée à celle qui l’a précédée. De son travail, Jean-Paul Agosti aime à dire qu’il copie un arbre, un arbre avec une naissance qui serait aquarelle, puis un tronc et enfin des branches aux ramifications sans fin, traduites par une mise en infini des éléments qui inscrit son jardin, mental et pictural à la fois, dans l’espace et dans le temps. » décrit Maïthé Vallès-Bled. « Jean-Paul Agosti est-il un peintre de paysages sublimés ? » s’interroge Fernàndez Recatalà. « Probablement si l’on se fie aux évidences. C’est surtout un peintre de la complétude et de la réconciliation de l’homme avec lui-même, un peintre aussi du temps qui s’écoule et se fige,d’un temps qui sursoit, en permanence, à sa fin . (…)Entrer dans (sa) peinture, c’est pénétrer dans une fabrique où l’hémorragie de signes et d’images n’est jamais comprimée, mais saisie dans des états successifs. Avec lui, on devient. » téléchargement visuels pour la presse |