Dossier


Né le 1er novembre 1957 à Samarcande dans une famille de gens de la mer, Ionas passe son enfance devant la mer du Nord . Après la Faculté de Lettres et les Beaux Arts à Lille, ...



Ionas, La chambre aux insectes, 2006, diptyque, technique mixte sur papier, 22x38cm

il mène une vie voyageuse avant de s’installer dans un village près de Montpellier. Il peint, écrit, ramène des photos de pays lointains et expose en France et surtout à l’étranger (Londres, Barcelone, Cagliari, Rotterdam, Berlin…)

« J’aime faire des expériences. Longtemps je me suis méfié du style, ce qui serait en somme un repère trop commode, une assurance pour marchands. L’inattendu est plus excitant. Je propose au « regardeur ». Un parcours, une histoire, des rebondissements. D’autant que mon travail a pu évoluer en contradiction de ce que j’avais fait avant. La meilleure subversion commence par soi-même », déclare-t-il. « Il me semble que l’artiste, peut-être par pudeur, évitera de gloser sur son travail. Il fait. Il réalise et montre. Toute théorie artistique qui ne douterait pas d’elle-même, finit pas se scléroser, se figer dans un dogmatisme réducteur ».

Ionas, Paysage mental, 2006, diptyque, huile sur toile, 200x400cm

Françoise Séloron constate ainsi : « Ionas a appris à se délester des vieilles angoisses, des pesanteurs liées à sa volonté de s’inscrire dans l’histoire de la peinture, de prouver son identité de peintre. Il n’a plus peur d’être lui-même . Il a pris son envol, il vole de ses propres ailes, sans regarder en arrière. Il est libre »

Ionas, Now, 2004-06, huile sur toile, 200x200cm





Une récurrence profonde - sonde enfoncée dans l’inconscient - qui emprunte des aspects formels différents
On s’étonnera d’une grande diversité de styles, d’inspiration. La fécondité, qui ouvre une multiplicité d’entrées, se construit essentiellement sur la disparité, voire la contradiction. Et puis, cet hétéroclisme n’est qu’apparent. « Ce n’est que peu à peu qu’apparaît l’unité profonde d’une démarche où les éléments identiques se perdent puis ressurgissent d’une tentative à l’autre. À partir d’un lexique très personnel, des parcours s’élaborent », note Jean Klépal .

Ionas, Orage, 2006, diptyque, huile sur bois, 195x260cm

L’artiste précise que « l’ensemble pourra faire sens. De toute façon, il y a continuité, ne serait-ce que parce que l’on ne sort pas de soi-même. Une récurrence profonde qui emprunte des aspects formels différents. Voilà. (…) »

L’unité profonde de son œuvre, c’est la nature de sa peinture, « métaphore privilégiée de l’inconscient » selon John Collins. Elle travaille les profondeurs de l’inconscient grâce à « une dialectique intime » toujours en chantier de production d’images mentales. « On ne peint pas forcément à dessein », dit Ionas. « Devant la toile, il y a l’instinct, être surpris à soi-même. La peinture devient une sonde enfoncée dans l’inconscient (…) On découvre dans le travail en cours des choses qui surgissent sans préméditation (…) Que voit-on vraiment ? Il y a la pulsion scopique, il y a le fantasme. Il y a l’œil qui divague, recompose, invente, complète. »

Ionas, Pissenlits, feuilles,fleurs et racine, 2004, huile sur toile, 200x200cm

Pour Ionas, l’œuvre d’art s’appuie sur cette circulation de sens, «vitalité poétique », qu’il souhaite voir traverser ses « regardeurs ». « Alors j’imagine (et j’en joue) que ça peut résonner à d’autres inconscients. D’où, à un moment donné, le choix du diptyque qui met en relation visuelle des éléments hétérogènes et dans l’intervalle desquels advient une réalité mentale particulière. Je mets en place des dispositifs couples. C’est très stimulant pour moi de jouer sur l’intervalle. D’autant que bon nombre de ces binômes sont composés de choses très diverses et pas forcément à priori du registre de l’art. »

Métaphores et métonymies
« La notion de style m’interroge. Il y a chez moi, c’est sûr, une envie de jouer avec les classifications de l’histoire de l’art, de dialoguer avec les maîtres, par le truchement de références », déclare Ionas.


Ionas, La colombe, 2005, Diptyque, technique mixte sur papier, 24x40cm

Il se reconnaît nourri d’un héritage très éclectique qu’il avait besoin de digérer : art pariétal, « la charge magique, le rituel, dans la concision d’une simple silhouette », Giotto, les Primitifs flamands, Bosch, les dessins de Léonard, Michel Ange, Caravage, La Tour, Vélasquez, Delacroix … et, chez les contemporains, Picasso (notamment Les demoiselles d’Avignon ») (…) et puis Dada, les surréalistes. Plus tard, Rauschenberg, De Kooning, Twombly… ». Références culturelles qu’il évoque souvent ; «grands courants qui fondent notre modernité culturelle » selon Bernard Teulon-Nouailles, ou « mythes ancestraux se soutenant de leur pérennité (Anubis, Icare, Pandore) ».
Peut être même n’est-il pas toujours conscient de ces réminiscences, elles semblent parfois plus proches d’« allusions tirées du foisonnement de son amont », selon Jean Klépal, ou encore échos de celles du regardeur.


Ionas, Les premiers pas, 2005, diptyque, technique mixte sur papier, 24x40cm

Le thème de la pathologie médicale fascine Ionas « le vivant, sa diversité : le cabinet de curiosité du XVIIIe siècle, la classification, la taxinomie».
Sans jamais omettre le geste pictural qui est l’inscription essentielle du corps dans la peinture, souvent, il fait émerger, depuis cette matière, des détails intrigants. « J’ai pas mal travaillé sur la question du fantasme avec la thématique de « la tentation de Saint Antoine » qui me semble une excellente métaphore de la peinture (…) Autre thème, « Œdipe et le Sphinx », c’est-à-dire la question de l’origine de la peinture, du regard et de l’interdit. »
« La psychanalyse reste un angle d’attaque plein de surprise quant au problème central de la représentation. Traiter de l’image, c’est actionner des mécanismes mentaux particuliers. D’où certains clins d’œil qui ont trait au double, à l’angoisse de castration ».


Ionas, La poule, 2003, sculpture objet, 31x15x7cm

Un lexique très particulier : « une langue des yeux »
Dans son œuvre surgissent des éléments récurrents.« Pourquoi l’éclair, le papillon, pourquoi l’allusion géométrique, pourquoi la brisure, la cassure, le schize, pourquoi les visages brûlés ? Ça résonne en moi et je garde ces éléments, ces formes avec le désir que ça parle pour le regard de l’autre. »
« Les papillons déteints sont muets, les angiospermes s’agitent, les molécules s’organisent, les végétaux s’impriment, l’anatomie s’impose, et Ionas peint comme il écrit », note Jean Klépal. On remarque également l’insertion de mots ou de phrases : « L’écriture, c’est encore du dessin », dit-il. « Il y a un jeu sur et avec le langage (…) Il s’agit de faire feu poétique de tout bois : oiseaux noirs qui s’envolent comme des chiffres (…), arbres à oreilles, œufs à paupières. Un bestiaire personnel bricolé… (…) C’est un langage qui a sa spécificité comme la musique. Le ressort premier, c’est la poésie. C’est ça qui compte d’abord. Une poésie visuelle. Pour une langue des yeux».

Une poésie que Françoise Séloron perçoit ainsi : « Ionas tisse sa toile, ellipses, cubes, cercles, figures géométriques, constellations, cartes marines, et on se laisse embarquer dans les dédales d’un cabinet de curiosités ou d’une galaxie improbable, soudain balayés par la tempête bleu-nuit. Il y a des zones de turbulence et des plages sages. Des angles très aigus et des rondeurs. Des allégories cachées, puis triturées, grattées et redonnées à voir. Il y a toute une alchimie de formes, de couleurs et de mots. »


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